De l’Amérique à la France Beaumarchais et l’expérience des Révolutions

De l'Amérique à la France Beaumarchais et l'expérience des Révolutions

Du 1er au 4 octobre 2026
Colloque international

Lieux : Musée de la Révolution française (Vizille)
Archives départementales de l’Isère (Saint-Martin-d’Hères)
Comité d’organisation : Université Grenoble Alpes (Gilles Montègre)
Musée de la Révolution française – Domaine de Vizille (Sophie Mouton)

Université de Montpellier (Linda Gil)

En cette année 2026 qui voit les Etats-Unis célèbrer les 250 ans de leur indépendance, et leurs positions se
durcir à l’égard de l’Europe, le Musée de la Révolution française – Domaine de Vizille (Département de l’Isère) et le laboratoire LUHCIE de l’Université Grenoble Alpes organisent un colloque international visant à repenser les origines révolutionnaires de la relation franco-américaine, à travers la figure et les écrits de Beaumarchais (1732-1799). Cette relecture est rendue possible par l’arrivée récente à la Bibliothèque nationale de France des volumineuses archives personnelles de Beaumarchais, mais également par l’édition numérique inédite de l’ensemble de sa correspondance et de ses papiers manuscrits, entreprise dans le cadre du programme collectif et interdisciplinaire @rchibeau (ANR 2024-2029).

Danton, Napoléon et bien d’autres après eux ont cru déceler dans l’œuvre théâtrale de Beaumarchais une préfiguration prophétique de la Révolution française. Mais l’auteur du Mariage de Figaro ne s’est pas seulement rendu célèbre par les diatribes contre les privilèges proférées par son barbier sévillan. Beaumarchais est aussi un observateur et un acteur aujourd’hui oublié des révolutions atlantiques, dont il n’a cessé d’augurer le succès tout en cherchant à en déterminer le cours. Sitôt que les insurgents entrent en rébellion ouverte contre la métropole britannique, Beaumarchais entreprend de convaincre Louis XVI d’un rapprochement avec ces Américains « pleins de cet enthousiasme de liberté », estimant « qu’une telle nation doit être invincible » (lettre au roi, 21 septembre 1775). Après avoir traversé la Révolution française, dans un contexte où les relations franco-américaines se tendent dangereusement, Beaumarchais écrit à l’un des responsables du Directoire qu’il ne rêve qu’au « rapprochement des deux plus grandes républiques du monde, la française et l’américaine » (lettre à Jean-François Reubell, 7 juin 1798). Cette confiance constante en une union nécessaire des deux rives de l’Atlantique nord sera questionnée lors du colloque à la lumière des nouvelles approches qui marquent aujourd’hui l’historiographie révolutionnaire.

La première d’entre elles est celle des connexions et des rebonds transnationaux caractérisant l’expérience
révolutionnaire dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Si Beaumarchais n’a lui-même jamais mis le pied en
Amérique, l’ampleur de ses réseaux transatlantiques, désormais bien informés par des séries épistolaires denses et continues, forme un cadre particulièrement stimulant pour penser à nouveaux frais les liens entre révolution américaine et révolution française. Ces liens se mesurent d’abord par l’agentivité de Beaumarchais, d’une révolution à l’autre, dans le cadre de l’approvisionnement des jeunes républiques en armes et matériel militaire. L’entreprise connue sous le nom de Roderigue & Hortalez, secrètement dirigée par Beaumarchais, ne se contente pas en effet de mettre en relation la monarchie française avec les insurgents d’Amérique : bien en amont de l’alliance franco-américaine de 1778, elle conditionne les premières victoires militaires remportées par l’Armée continentale de Georges Washington, et encourage les connexions entre de multiples ports des deux façades de l’Atlantique nord, sans oublier ceux de l’espace caraïbéen et de l’Amérique espagnole. L’ « affaire des fusils de Hollande » dans laquelle Beaumarchais s’engage au temps de la Révolution française mérite pour sa part d’être revisitée sous l’angle de l’internationalisation des révolutions à l’échelle de l’Europe continentale. Les fusils promis par Beaumarchais viennent en effet de la révolution brabançonne, et doivent être livrés à une France révolutionnée bientôt prête à instaurer aux Provinces-Unies une république batave. À travers ces pratiques transnationales marquant l’âge des révolutions, ce sont des modèles d’hégémonie ou d’équilibre des puissances
mondiales que les réseaux de Beaumarchais permettent de questionner. Qu’ils soient coloniaux ou émancipateurs, esclavagistes ou libérateurs, ces modèles devront être interrogés sur le plan économique autant que politique, financier autant que culturel, à travers des archives permettant de les éclairer d’un point de vue plus pratique que théorique.


La seconde approche appelée à orienter les interventions du colloque concerne la dimension existentielle
de la traversée des révolutions : elle va de pair avec une nouvelle prise en compte des émotions, envisagées non plus comme simples marqueurs mais comme facteurs performatifs des événements révolutionnaires. Les
émotions de la liberté présentes dans les écrits de Beaumarchais gagneront ainsi à être repensées au miroir de sa traversée personnelle, à la fois enthousiaste et douloureuse, des révolutions américaine et française. L’existence de Beaumarchais a ainsi marqué le Paris révolutionnaire, en premier lieu du fait de sa fastueuse demeure érigée en 1787 à l’ombre de la Bastille, qui fut à de multiples reprises visitée et réquisitionnée au gré des événements marquants de la Révolution. Publié en 1793 au moment où se met en place le Comité de Salut public, le Compte rendu des neuf mois les plus pénibles de ma vie mérite également d’être réenvisagé sous un œil neuf, en le mettant en parallèle avec les Mémoires contre Goëzman qui avaient assuré la célébrité de Beaumarchais dans le Paris des Lumières. Bien d’autres écrits publiés doivent encore être croisés avec les manuscrits et documents d’archive. À travers des pièces de théâtre comme La Mère coupable, des opéras comme Tarare, mais également des factums, des lettres publiques ou des articles parus dans le périodique du Courrier de l’Europe, Beaumarchais a multiplié les formes de communication articulant la dimension politique à la sphère sensible : c’est de la sorte qu’il a contribué à répondre à cette crise de la représentation qui peut être considérée comme l’un des principaux moteurs des révolutions de part et d’autre de l’Atlantique.

Les propositions de communication d’environ une page (en français ou en anglais) sont à adresser à Gilles
Montègre (gilles.montegre@univ-grenoble-alpes.fr) ainsi qu’à Linda Gil (linda.gil@univ-montp3.fr) avant le 30 avril 2026. Les communications s’appuyant sur une documentation originale dans les fonds de la BnF
(https://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc1256467/cb3485) mais également dans les autres fonds français, européens ou américains seront privilégiées. L’accueil des intervenants pourra être pris en charge, et une attention particulière sera portée à la dimension pluridisciplinaire des communications, ainsi qu’à l’équilibre entre chercheurs venus d’Europe et des Etats-Unis.

Télécharger l’appel à communications :

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