CALL for PAPERS

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Journée d’Étude, Université d’Angers, 10 octobre 2025

« Temps court et temps long dans l’histoire du monde anglophone : entre révolution et évolution »

Parmi les événements, petits et grands, qui constituent l’histoire des hommes et des nations, certains s’inscrivent dans le temps court ; d’autres, dans le temps long. Cette différence de temporalité est influencée par les analyses et les interprétations des historiens. À l’occasion de cette journée d’étude, nous examinerons comment ils ont façonné la durée de plusieurs événements survenus dans le monde anglophone. Ces historiens, qu’ils soient contemporains des faits relatés ou non, préfèrent parfois se concentrer sur le temps court. Certains d’entre eux, par exemple, consacrent un ouvrage entier à décrire par le menu une bataille, à l’instar d’Anne Curry, spécialiste de celle d’Azincourt (1415), ou de Murray Pittock, qui fait autorité sur celle de Culloden (1746).

À l’inverse, les travaux des historiens écossais du XVIIIsiècle dits « philosophiques », « sociologiques » ou « conjecturaux », dont Adam Smith, Adam Ferguson, Lord Kames ou encore John Millar, se situent délibérément dans le temps long, puisqu’ils ont pour objectif de décrire les progrès de l’humanité depuis la préhistoire jusqu’à la modernité, ou depuis la barbarie jusqu’à la civilisation, dont le meilleur exemple est à leurs yeux l’Écosse des Lumières. Selon eux, à quelques variations près, cette histoire de l’évolution de l’humanité connaît trois ou quatre stades, ou types d’organisation sociale, dont les plus souvent nommés sont la chasse, l’élevage, l’agriculture et le commerce. S’ils suivent une trame événementielle plus classique, leurs compatriotes William Robertson et David Hume intègrent certains éléments de l’histoire « philosophique » à leurs récits historiques, notamment en attribuant à certains faits qu’ils rapportent des causes socio-économiques de long terme.

À un moindre degré, l’ouvrage pionnier d’histoire sociale de G. M. Trevelyan English Social History : A Survey of Six centuries – Chaucer to Queen Victoria (1944), souvent décrié par la communauté des historiens, mais toujours plébiscité par le grand public, s’inscrit lui aussi dans le temps long, au même titre que A History of the Scottish People, 1560-1830 (1969), de T. C. Smout, pour ne citer que ces quelques exemples. Est-ce à dire que le temps long est celui de l’histoire sociale ? Pas exclusivement, si l’on songe que l’étude classique de J. H. Plumb The Growth of Political Stability in England, 1675-1725 (1967) s’étale sur un demi-siècle ou que l’ouvrage de Linda Colley In Defiance of Oligarchy : The Tory Party, 1714-60 (1982) couvre 46 ans. Mais il est vrai qu’il existe un rapport privilégié entre l’histoire sociale ou socioéconomique et la « longue durée », pour reprendre l’expression de l’École des Annales.

Certains historiens américains mobilisent également le temps long au service d’une lecture sociale de l’histoire. C’est le cas d’Howard Zinn, qui conçoit son ouvrage A People’s History of the United States (1980) comme un levier pour encourager une révolution calme, mais profonde dans la société américaine. On retrouve cette approche chez l’anthropologue américain David Graeber, qui, à travers son étude de la dette Debt : The First 5,000 Years (2011), propose une histoire de ce concept sur le temps long en remontant aux confins de la civilisation humaine.

Sur le plan de l’histoire des idées, ou de l’histoire intellectuelle, on notera que John Pocock, dans The Machiavellian Moment : Florentine Political Thought and the Atlantic Republican Tradition (1975), retrace le parcours spatio-temporel – depuis l’Antiquité grecque jusqu’à la Révolution américaine en passant par la Grande-Bretagne des XVIIe et XVIIIe siècles – de l’idée républicaine, qui s’inscrit dans le temps long en tant qu’idée, mais bascule dans le temps court dès qu’elle se concrétise, car, selon lui, la république est fragile par essence. Il en va de même de la démocratie selon Francis Dupuis-Déri, qui dessine l’itinéraire de cette notion dans son ouvrage Démocratie : Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France (2013).

Sur le plan religieux ou culturel, on constate en outre que la thèse traditionnelle de la sécularisation, qui, pour des sociologues tels que Max Weber, Émile Durkheim ou Karl Marx, est un long processus remontant au XIXe siècle, est contestée pour ce qui concerne la Grande-Bretagne par l’historien Callum G. Brown, qui, dans The Death of Christian Britain. Understanding Secularisation, 1800-2000 (2001), affirme que celle-ci a subi une sécularisation abrupte et « révolutionnaire » dans les années 1960.

Ainsi, un même événement ou phénomène historique peut être présenté comme relevant du temps court ou du temps long selon l’historien qui en rend compte. Cela est vrai des origines de la Guerre civile anglaise (1642-1651), comme de celles de l’Union anglo-écossaise (1707), ou de la Révolution américaine (1775-1783), qui ont donné lieu à des débats historiographiques enflammés entre historiens whigs, marxistes, « révisionnistes », au sens anglais du terme, et « post-révisionnistes ». Cela est également vrai du déroulement de la Révolution industrielle, reléguée par certains au rang de simple évolution.

Toutes les propositions portant sur le lien entre temps court et temps long dans l’histoire du monde anglophone, quelles que soient la période et l’aire géographique, seront les bienvenues. Afin de nourrir la réflexion, les pistes suivantes pourront être explorées :

– le rôle joué par les notions de temps court et de temps long dans l’historiographie du monde anglophone ;

– les liens entre les noms accordés aux événements historiques (révolution, rébellion, etc.) et la temporalité qui semble en découler ;

– les enjeux de la périodisation historique et, en particulier, de la remise en cause des bornes chronologiques traditionnelles par certains historiens pour créer de nouvelles périodes. On songe, par exemple, au « Long XVIIIe siècle » (1660-1832) ou au « Long XIXe siècle » (1750-1914) associés respectivement à Jonathan Clark et à Eric Hobsbawm ;

– le lien entre type d’histoire (politique, sociale, économique, diplomatique, intellectuelle, etc.) et les notions de temps court et de temps long ;

– l’articulation des notions de court terme et de long terme à l’aune des tensions entre contingence et déterminisme historiques, entre providentialisme et anti-providentialisme – les concepts de fin de l’histoire et de matérialisme historique peuvent à ce titre être mobilisés ;

– la distinction entre les transformations issues d’une révolution passive, au sens gramscien, qui modifient les structures de pouvoir sans provoquer de changements sociaux réels, et celles qui résultent d’un renversement ou bouleversement de l’hégémonie culturelle dominante ;

– les éléments contextuels de court terme pouvant expliquer la concentration des historiens « philosophiques » écossais sur le long terme et l’articulation entre temps court et temps long dans les récits historiques de William Robertson, de David Hume et d’autres historiens de l’École historique écossaise, voire d’autres écoles historiques du monde anglophone.

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Cette journée d’étude aura lieu en présentiel le vendredi 10 octobre 2025 à la Maison de la Recherche Germaine Tillion de l’Université d’Angers. Nous serons ravis d’y accueillir les jeunes chercheurs comme les chercheurs confirmés.

Une publication est envisagée dans la Revue LISA / LISA e-journal, revue électronique bilingue (français/anglais), pluridisciplinaire, avec comité scientifique international.

Merci d’adresser vos propositions de communication (250 mots minimum) ainsi qu’une courte biographie avant le 15 juillet 2025 à yannick.deschamps@univ-angers.fr et clifford.baverel@univ-angers.fr

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